THE BOOK CLUB ∆ LES PÉPITES

mercredi 2 novembre 2016

La perfection ou presque, par trois fois.

L'enchaînement étonnant et idéal, que l'on souhaiterait perpétuel. Ces livres qu'on découvre et qu'on ne veut plus quitter; ces petites pépites qui resteront pour toujours avec nous.
Hasard ou coup du sort, mes vacances d'après-saison ont été enchantées par cette succession impeccable de trois bouquins, complètement différents et pourtant presque complémentaires (pour l'anecdote, j'avais un incroyable prof de lettres au lycée qui entamait ses cours par une citation piochée au hasard dans ses carnets, et nous demandait de la mettre en relation avec les livres étudiés en cours; au début, cela paraissait impossible et incongru, mais petit à petit c'est presque devenu évident. Depuis je suis fascinée par ces corrélations improbables.).

Fairyland, Alysia Abbott

 

En 1973, après la mort de sa femme, Steve Abbott, écrivain et militant homosexuel, déménage à San Francisco. Avec sa fille de deux ans, Alysia, il s'installe dans le quartier de Haight-Ashbury, le centre névralgique de la culture hippie. Steve Abbott découvre une ville en pleine effervescence dans laquelle la communauté gay se bat pour ses droits, il rejoint la scène littéraire de l'époque et fréquente cette génération de jeunes gens bien décidés à tout vivre, tout expérimenter. Commence pour le duo père-fille une vie de bohème, ponctuée de déménagements, de fêtes et de lectures de poésie à l'arrière des librairies. Alysia Abbott revient sur les aventures de son enfance alors que le virus du sida ronge peu à peu la ville.

Un livre d'amour, intense, beau et déchirant. L'écriture d'Alysia Abbott vogue au gré des souvenirs, des entretiens qu'elle a eu avec sa famille, et des journaux et autres poèmes de son père; des mémoires à peine romancées qui nous plongent dans un San Francisco bouillonnant et artistique. Et au milieu, la bulle d'amour familial entre Steve et sa fille, malgré les déménagements, les amours déçus, les fêtes sans lendemains, les années de vache maigre et la maladie, qui s'installe insidieusement dans leur quotidien, jusqu'à la fin.

A la fois un témoignage et un hommage, ce livre est une pépite d'émotion, pudique et intense à la fois. Touchant, parfois un peu dérangeant mais aussi malheureusement instructif sur la propagation du SIDA dans les années 80-90; époque à laquelle nous étions trop jeunes pour réaliser l'ampleur dramatique de la maladie. Illustré par des photos d'époque et des extraits de poèmes et de dessins de Steve, ce roman biographique m'a ébranlé et ému par son intensité et sa superbe. Vite, dans vos piles de livres à lire.

★★★★★


Price, Steve Tesich

Le temps d'un été, Daniel Price est emporté par le tourbillon de douleur, d'exaltation, de colère et de passion qui fera de lui un homme. Tandis que son père agonise lentement, il est englouti par la force d'un premier amour. Dix-huit ans, bientôt diplômé et accompagné de ses deux amis aussi paumés que lui, ce dernier été est un adieu à l'adolescence, bouleversante de contradictions.

J'avais promis de laisser une seconde chance à Steve Tesich après la lecture de Karoo, et en toute modestie, c'était une excellente idée. Price, paru en 1982, est son premier roman, et c'est un grand roman.
En 1961, à East Chicago, une ville industrielle, c'est la fin du lycée pour Daniel Price, et le début de sa vie d'homme, loin de l'insouciance commune aux jours d'été. Il tombe amoureux de l'insaisissable Rachel; le premier amour, aussi intense que ravageur. Simultanément, son père tombe gravement malade et leur relation distante s'en trouve encore plus touchée. Une naissance pour une mort.

Loin du récit initiatique classique, on se laisse porter par l'écriture superbe de l'auteur et les sentiments tourmentés du jeune Daniel en abordant les thèmes de l'amitié, de l'amour, de la mort, des déceptions et du passage à l'âge adulte. Un livre qu'on a du mal à poser et dont on sort à la fois chamboulé et ému.

★★★★★


La cloche de détresse, Sylvia Plath  


Esther Greenwood, dix-neuf ans, est à New York avec d'autres lauréates d'un concours de poésie organisé par un magazine de mode. De réceptions en soirées passées pour tuer le temps, ce sont quelques jours d'une existence agitée et futile que vit la narratrice. En même temps, elle se souvient de son enfance, de son adolescence d'étudiante américaine, des amours qu'elle a connues. Tout bascule lorsque Esther quitte New York. Tentatives de suicide, traitements de choc, guérison, rechutes, et, pour finir, l'espoir. Esther est à la fois «patiente» dans l'univers hospitalier et observatrice au regard aigu de ce monde, qui a pour toile de fond l'Amérique des années 50.

Suis-je la seule à mettre de côté un livre, en sachant pertinemment que je vais l'adorer, pour le garder pour un moment précis? Comme un paquet de bonbons caché dans un placard que l'on garde pour des jours meilleurs.
Comparer La Cloche de Détresse avec un paquet de bonbons n'est vraiment pas une bonne idée, mais comparer l'écriture de Sylvia Plath à quelque chose de fantastique, qui prend possession de vous et vous fait lever les yeux au ciel de satisfaction à chaque page est totalement légitime.

D'inspiration largement autobiographique, ce roman est à la fois dérangeant et fascinant. Le lecteur ne peut que constater et appréhender la dépression d'Esther, cet enfermement dans une cloche de verre qui bride et tourmente toute la créativité et le talent de cette dernière. L'histoire finit sur une note d'espoir, qui ne suffira pas pour Sylvia Plath: elle se suicide en 1963, année de parution de La Cloche de Détresse. C'est un livre à la fois ancré dans son époque et universel, tellement les sujets abordés sont intemporels. Et je crois que c'est exactement comme cela que l'on définit un classique, voire un chef d’œuvre.

★★★★★

7 commentaires

  1. Merci de nous faire partager tes lectures! Ces trois romans ont vraiment l'air magnifiques. Ma pile à lire se rempli un peu plus grâce à toi! :)

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  2. Très envie de lire La cloche de détresse du coup, je l'ai mis dans ma wishlist :)

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  3. Que de coups de coeur! :) Merci, je ne connaissais pas du tout ces livres! J'ai noté Fairyland et Price dans mon carnet de livres à lire (qui est déjà bien rempli)

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  4. C'est fou comme tu arrives à chaque fois à me donner envie de lire!
    L'autre jour j'écoutais Hondelatte à la radio et il parlait de l'affaire Charles Manson. Dans son émission il racontait qu'un livre avait été tiré de cette (affreuse) histoire: California Girls. Je ne sais pas si tu l'as lu mais le titre m'a tout de suite fait penser à toi!
    Bisettes!

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  5. Merci pour ce partage , la lecture c'est la base et quand on est passionné c'est magnifique .
    Merci

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  6. la lecture et importante,merci pour cet article.

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  7. Coucou Louise! Je cherchais des idées de futures lectures et j'ai de suite pensé à ton blog ;-) Fairyland et La cloche de détresse ont l'air vraiment bien. Je les ajoute sur ma liste. Bisous!

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