LE CHEMIN

dimanche 12 juin 2016

Le résultat. Pendant longtemps, ça a été mon unique préoccupation. Arrêtons le blabla, ne perdons pas notre temps, je sais ce que je veux et je le veux maintenant, le processus ne m'intéresse absolument pas.
Aujourd'hui, j'en suis revenue, et petit à petit, je découvre le bonheur du cheminement.

"Je ne me demande pas où mènent les routes ; c'est pour le trajet que je pars." - Anne Hébert


Je crois que la première fois que cette idée m'a traversé l'esprit, c'était au sens littéral; les heures passées sur les routes des États-Unis en 2013, pendant notre road trip, font partie des plus belles de ma vie. Sans planning vraiment défini, sans savoir où nous dormirions le soir même, au gré de nos détours et de nos rencontres, nous étions libres et heureux. Les deux premiers jours, ça n'a pas été facile pour moi, étant tellement habituée à prévoir à peu près tout. Je me sentais perdue. Et puis doucement, comme un soulagement, j'ai commencé à lâcher prise. A me laisser aller, à être subjuguée par l'inconnu. Une parenthèse magique.

Au retour, je suis vite revenue à mes habitudes, à mes objectifs. Je sais ce que je veux, je sais où je vais, je ne laisse pas de place pour les surprises, bonnes ou mauvaises. Ce que je pensais être une force s'est avéré être une faiblesse, qui a laissé place au stress, à l'anxiété, à la déconcentration et à une certaine rigidité dans ma vie.

Ignorer tout le processus me permettait aussi de garder le contrôle, du moins en apparence, sur ma vie et tout ce qui y interagissait. Et dieu sait que cette sensation de contrôle est rassurante. Elle l'est tellement, que pour me protéger, j'en venais à occulter les sentiments, mauvais ou bons. "T'inquiètes pas, les choses vont forcément s'arranger", "c'est à toi de décider d'aller mieux" étaient les conseils types que je délivrais à ceux qui voulaient bien m'écouter, les mêmes que je suivais en mon for intérieur.

Le changement n'a pas été radical, mais j'ai réalisé que ce comportement était vaguement déshumanisant. Il y a eu mon amoureux qui a toujours agi à l'inverse, favorisant et profitant du processus, ne se focalisant pas sur le résultat. Il y a eu le yoga, qui m'a appris à m'accepter et à vivre le moment présent. Il y a eu ces longues promenades à vélo, seule, sous les pins, jusqu'à la mer, dans le silence majestueux de la nature. Petit à petit, je me suis détachée de ce contrôle permanent, j'ai laissé la carapace se fendiller légèrement, et la rigidité s'estomper pour laisser place à plus de sérénité.

Je vous raconte mon expérience personnelle parce que j'espère qu'elle peut vous être bénéfique, mais aussi parce que les retours que j'ai grâce à ce petit blog sont toujours positifs et bienveillants. Avoir des objectifs de vie, ça n'est pas une mauvaise chose en soi, bien au contraire, ça me paraît presque indispensable. Mais se focaliser dessus, ça en devient paralysant. Se démener pour atteindre "le bonheur" me paraît le meilleur moyen de l'éviter. Arrêtons de croire que l'obtention d'un bien matériel, d'une forme de sagesse, d'une destination nous garantira un bien-être sans failles, et ne passons plus à côté de l'instant présent et de la liberté qu'il offre.

Ma petite prise de conscience m'a aussi fait réaliser qu'il n'y a pas de solutions miraculeuses qui favorisent ce changement. S'arrêter, se poser et respirer un grand coup peut être un bon début.
Mais en expérimentant, en trébuchant, en échangeant, en lâchant prise, en osant aussi, le chemin, même sinueux, devient passionnant. Prenons le temps de l'apprécier.
C'est ce que j'essaie de faire, un pas à la fois. 

5 commentaires

  1. Comme je me retrouve dans cet article , merci pour ton expérience :) Je pense que le lâcher prise et ne rien programmer sont difficiles mais c'est vrai que les meilleures expériences sont souvent les plus imprévues ^^ Et puis, on fait un pas à la fois et on avance quand même ;)

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    1. Merci pour ton petit mot! C'est pas forcément facile au début, mais petit à petit on va y arriver ;)

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  2. Je me retrouve aussi très bien dans ton article, et je me rends compte que je progresse tous les jours dans le lâcher-prise et l'acceptation, parce que tout cela au final à un sens, je le comprends mieux aujourd'hui !

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    1. Comme toi, c'est quelque chose que je ne comprenais pas forcément avant... Il faut croire que l'âge et l'expérience nous ouvrent un peu plus les yeux ;)

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  3. J'aime beaucoup cet article. J'aime bien vivre les processus et en profiter, pleinement,je crois que ça a commencé avec les voyages. Très vite, j'ai pris un plaisir fou à faire ma valise, à choisir chaque tenue, objets, à envisager le voyage etc et à arriver à l'aéroport (ce petit tressaillement), à prendre l'avion, tous les moments et instants avant l'arrivée sont tellement chouettes à vivre. Petit à petit, ce que je vivais là s'est étendu à d'autres choses dans ma vie, à tout le reste. Aujourd'hui, je prends du plaisir dans le processus, parce que finalement, la seule chose que l'on connaît, c'est ce que l'on vit sur l'instant, au fond, on ne sait pas si on l'atteindra l'objectif. Et c'est peut être bien comme ça, de ne pas avoir tout ce contrôle. Si on lève les yeux 2mn de notre direction toute tracée et qu'on se détourne un peu de l'objectif là-bas au loin, c'est là qu'on peut vivre quelque chose d'inattendu et qui peut être très très chouette... :)

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