VIRGIN SUICIDES

jeudi 21 mai 2015

"Nous savions que les filles étaient nos jumelles, que nous existions tous dans l'espace comme des animaux qui avaient la même peau, et qu'elles savaient tout de nous alors que nous étions incapables de percer leur mystère.
Nous savions, enfin, que les filles étaient en réalité des femmes déguisées, qu'elles comprenaient l'amour et même la mort, et que notre boulot se bornait à créer le bruit qui semblait tant les fasciner."


Il y a 15 ans, j'avais 15 ans, et Virgin Suicides sortait dans les salles obscures.

Adapté du roman éponyme de Jeffrey Eugenides, le film de Sofia Coppola raconte l'histoire des sœurs Lisbon, adolescentes incandescentes et insaisissables, qui évoluent dans cet univers onirique, morbide et fascinant.

Les années ont passé, ce siècle a changé de décennie et moi aussi, mais cette fascination ne m'a jamais quitté.

L'adolescence m'a toujours captivée. Cet état transitoire, cette période poignante et terrible qui symbolise la fin de l’innocence, et dont nous conservons une poignée de souvenirs passionnés mais flous, douloureux et candides. Dans ce film, on retrouve cette ambiance de malaise profond et naïf qui est le propre de toutes les adolescences; quand la vie doute et qu'elle ne s'est pas encore inventé de réponses toutes faites.

J'ai grandi avec le souvenir de la blondeur éblouissante et la fragile insolence des sœurs Lisbon, à la fois éblouie et troublée par leur existence fugace.
Je suis tombée amoureuse de Trip Fontaine, malgré mon aversion pour les pantalons en velours des années 70.
J'ai écouté des disques, avec une petite boule dans la gorge, celle qui arrive quand tu ne t'y attends pas.
J'ai regardé le film, encore et encore, sans broncher, puis j'ai passé des nuits les yeux grands ouverts, hantée par ses héroïnes intemporels.

Il est rare de trouver des adaptations cinématographiques d'œuvres littéraires qui retranscrivent parfaitement les personnages découverts au fil des mots. Dans une atmosphère confinée et onirique, sans aucune explication ni jugements sur les actes de chacun des personnages, nous contemplons, comme les narrateurs, la décomposition et les derniers scintillements de l'existence des filles Lisbon.

Quinze ans après, je ne vous apprendrai rien de plus sur ce film.
Mais peut-être que, le temps d'un instant, vous vous rappellerez le goût du Schnapps à la pêche, l'émoi et l’ivresse d'un premier regard échangé, ou cet éclat de rire dans la lumière d'une chaude journée d'été.

"A la fin, leur âge, ou le fait qu'elles soient des filles, n'importait pas, mais seulement que nous les avions aimées, et qu'elles ne nous avaient pas entendus les appeler, qu'elles ne nous entendent toujours pas, ici dans notre cabane dans l'arbre, avec nos crânes dégarnis et nos ventres mous, tandis que nous les appelons à sortir de ces pièces où elles sont entrées afin d'être éternellement seules, seules dans le suicide, qui est plus profond que la mort, et où nous ne trouverons jamais les éléments pour les reconstituer." 




16 commentaires

  1. Il faudra que je le re-regarde... Je ne me rappelle pas vraiment ce que j'ai ressenti en le voyant, je crois que je n'avais pas vraiment accroché... Je n'aime pas ne pas comprendre ^^

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    1. Je pense que pour ce genre de film, c'est un peu "ça passe ou ça casse"! Je suis un peu comme toi, je n'aime pas ne pas comprendre le pourquoi du comment, mais pour ce film, c'est différent. C'est plus un moment de flottement, une heure et quelques hors du réel et du temps; le tout dans une atmosphère de rêve. Et si le film ne te plaît pas, par contre lis le livre qui est tout autant génial!
      Des bises!

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  2. Salut Louise,

    je te conseille la lecture de Fairyland d'Alyssia Abbot. Elle y raconte son enfance à San Francisco auprès de son père poète et homosexuel. C'est la prochaine adaptation de Sofia Coppola. Je suis sûre que le livre peut te plaire.

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    1. Merci de ce conseil lecture avisé gentil anonyme!

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  3. J'ai découvert ce film assez tard et je l'adore ! d'ailleurs je me dis tjs qu'il faut que je lise le bouqin !

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  4. Je l'ai acheté en DVD il y a dix ans et il ne me quitte pas! C'est aussi un de mes films préférés, une esthétique un brin vintage qui me rappelle mes goûts d'adolescente. Et c'est vrai que le trouble est grand quand on regarde ce film. De toute façon Sofia Copolla fait toujours de super films! (je crois que je préfère quand même Lost in Translation à choisir)

    Sinon dans le genre film qui m'a marqué adolescente, il y a Garden State de Zack Braff. Le connais-tu?
    Bise

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    1. Ça a aussi été un des premiers DVD que j'ai acheté (avec Roméo et Juliette, qui mériterait lui aussi son petit article!) J'aime beaucoup Lost in Translation et Garden State (avec sa super BO), qui m'ont beaucoup touchés, mais c'est quand même Virgin Suicides qui m'a le plus marqué.

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  5. mint and chocolate23 mai 2015 à 02:02

    On a le même âge ducoup... et ça me fait penser que ce film me ramène en seconde, où ce film était projeté en amphi. Je l'ai adoré et j'ai commencé à devenir addict à chacun des films de Sofia Coppola par la suite, et surtout Kirsten Dunst qui est mon actrice favorite si il devait y'en avoir une.
    Ce film.. il réunit tellement de choses. Il m'intrigue toujours autant qu'il ne me fascine.
    J'aime m'écouter de temps en temps Playground love de Air et à chaque fois je me revois ado. Quand mon chéri l'a vu et m'a demandé "mais pourquoi elles se suicident en fait". Et bien je n'ai pas su lui expliquer, bien que je le comprenais en mon fort intérieur.

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    1. Tout pareil que toi, ce film a fait que Kirsten Dunst est devenue une icône à mes yeux! (j'avais fait un article d'ailleurs sur elle ^_^) J'écoute aussi de temps en temps Playground Love avec un peu de nostalgie/mélancolie d'un temps révolu! Et oui, pas d'explication sur leurs actes, mais (je m'avance peut-être un peu), j'ai l'impression que c'est quelque chose que les filles/femmes peuvent plus comprendre sans pouvoir l'expliquer.

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  6. Oh mon dieu mais cet article, je suis tombé amoureuse <3 Tu résumes à la perfection ce que m'a fait ressentir ce film la première fois que je l'ai regardé et à chaque fois que je le regarde finalement. Je me rappelle l'avoir vu pour la première fois à 13 ans pendant une rediffusion ARTE et être complètement fascinée par ces filles que je voulais absolument être. Et maintenant je pourrais regarder ce film un milliard de fois et je ne m'en lasserais toujours pas.

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  7. Je ne connais pas ce film ( honte à moi je sais ^^ ) , merci pour cette découverte, il m'intrigue je vais tenter de le voir en streaming :)

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    1. J'espère que tu as eu l'occasion de le regarder, et n'aie pas honte, au contraire, tu vas pouvoir faire une belle découverte <3

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  8. Bonjour Louise, alors pour tout t'avouer c'est toi qui m'a donné l'envie de le regarder il y a quelques années lorsque tu avais écris un article au sujet de la solaire et lumineuse Kristen ! J'ai adoré ce film. Pour moi il reste associé à un panel d'émotions bien précises. Je ne le regarde que l'été, je ne sais pas pourquoi mais il faut qu'il fasse chaud, limite lourd orageux. J'aime son côté mi-étouffant mi-triste, et toute cette lumière! En tout cas merci encore pour la découverte (qui remonte à trois ans, mais mieux vaut tard que jamais). Belle journée

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    1. Oh Charlotte, tu ne peux pas imaginer à quel point ton message m'a fait plaisir! Et je suis comme toi, je ne regarderais pas ce film l'hiver sous une couette; il convient à une atmosphère lourde et électrique, comme une chaude nuit d'été.
      Merci <3

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