AGNÈS

jeudi 25 octobre 2012

« Si on ouvrait les gens, on trouverait des paysages. Moi, si on m’ouvrait, on trouverait des plages. »  
Agnès Varda

Hier soir, j'ai regardé sur Arté "Les plages d'Agnès", film documentaire autobiographique sur cette "petite vieille, rondouillarde, qui raconte sa vie". Une existence d'intenses bonheurs et d'insurmontables chagrins, qu'elle narre poétiquement. Nous suivons le film de ses rencontres, avec Jim Morrison, Zouzou le chat ou Chris Marker, sur les plages de Noirmoutier, de Belgique ou de Los Angeles.
Elle nous offre un manège de sensations en partageant ses histoires intemporelles; suivant un fil invisible qui relie ses films, son grand amour Jacques Demy, et ses plages. Sous la frange, le regard malicieux se joue du temps qui passe, même si une larme furtive nous rappelle ses grandes peines. Beaucoup sont partis trop tôt.
Elle nous ramène en poésie sur ses pas à demi effacés par la marée, provoquant, tel le va et vient de l'eau un tourbillon dans mon cœur.

Il paraît que la vie est faite de coïncidences, de coups du destins, d'heureux hasards.
La mienne en tout cas ne déroge pas à cette règle.
En septembre 2006, je rejoignais pour quelques jours Julien, qui faisait un stage dans l'entreprise audiovisuelle de mon oncle. Les prémices de sa future passion se dessinaient, et au fil des rencontres qu'il avait fait, il s'était retrouvé à assister un bonhomme qui faisait des prises de vue de l'exposition d'Agnès Varda à la Fondation Cartier à Paris. Ce fut là-bas que je le retrouvais, partagée entre le plaisir et l'angoisse de ces retrouvailles loin de chez nous, sous le ciel parisien pas toujours clément. L'endroit était incroyable, l'exposition troublante et touchante. La main de Julien enfin dans la mienne, nous déambulons sur les plages de Noirmoutier, rendons hommage à Zouzou, écoutons les veuves de l'île. Agnès est là aussi, mais à part quelque approbations, je ne dis rien. Du haut de mes 21 ans, je n'en menais pas large sur cette journée étrange. Nous rentrons dans cette incroyable cabanes aux murs recouverts de pellicules de cinéma, qui laissent entrer la lumière et qui te noient à la fois. Ce sera mon lieu préféré.

Hier soir, alors que nous regardions ce film qui petit à petit provoquait un remue-ménage dans mon cœur, nous sommes apparus à l'écran. Dans la cabane de pellicules, derrière les milliers d'images, deux jeunes amoureux anonymes construisaient leur vie, pleine de plages et de films, sans se douter qu'ils revivraient cet instant six ans plus tard.

La vie est belle comme ça. D'un souvenir, on fait des films. D'un amour, on garde des plages de bonheurs. Derrière la caméra ou sur le papier, les vagues se succèdent, jusqu'à qu'elles s'éteignent sur le sable. Celui des plages d'Agnès.



11 commentaires

  1. Ce billet est incroyablement beau et touchant ...

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  2. Ton post me rend les yeux humides tellement ça me touche (call me nunuche). J'ai moi aussi regardé le docu et j'ai pensé à toi, car je me souviens que tu m'en avais parlé à l'époque. J'ai été moi aussi très touchée par ce film, et la façon à la fois grave et légère avec laquelle elle raconte sa vie, ses vies. Et puis l'amour pour ses proches, plus haut que tout. Agnès <3

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  3. Un peu comme les autres commentaires, ton billet est beau.. Et c'est une très jolie coïncidence, je trouve.

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  4. C'est fou cette histoire, c'est beau... et tu sais nous rendre tout nostalgique de choses qu'on a même pas vécu, bravo :)

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  5. Quel beau billet, tu m'as mis la larme à l'oeil...

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  6. Aye aye, tu me fais monter les larmes, ma fille... Il est magnifique cet article, très touchant, très vibrant ; et me montre si besoin était à quel point je suis passée à côté d'un tas de choses... Love.

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